Récits de voyages 07/17/2011
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre, il ne s'agit pas ici de raconter un de mes récents voyages (bien qu'il eût sans aucun doute été passionnant de vous raconter mon voyage à Granby de la semaine dernière). C'est plutôt le traditionnel récit de voyage accompagnant le retour au bercail d'un proche ou d'un ami. La saison des départs et arrivées battant sont plein, le moment m'a semblé propice à la réflexion. Le voyage, qu'il soit déplacement physique ou intérieur, a pour but de nous faire quitter nos sentiers battus du quotidien pour explorer le monde, découvrir de nouvelles choses, vivre des expériences qui nous changerons. Je ne souhaite pas aborder les vacances de types tout-inclus puisque la motivation à les entreprendre est souvent purement de l'ordre du divertissement s'écartant du fait même des voyages dont je parle. Au retour d'un périple, les gens s'empressent de nous demander de leur narrer nos aventures d'une manière chronologique et souvent, à mon sens, superficielle. En effet, il ne s'agit là que d'un enchaînement d'anecdotes sans contexte qui bien que cocasses ne nous permettent pas de bien saisir l'ampleur du choc culturel vécu par le narrateur, ce dernier ne l'ayant lui-même pas encore saisi. Au fil de mes différentes expéditions et en discutant avec des amis, je me suis aperçu que c'est souvent dans les mois qui suivent, voir les années, que l'on réalise l'ampleur de l'influence d'une expérience sur notre vie. Des détails semblant anodins au premier abord prennent soudain toute leur importance au détour d'un événement de notre quotidien. Une discussion avec un étranger, un moment de comtemplation reviennent alors nous hanter et ce sont les liens que l'on crée entre ces expériences et notre vie actuelle qui vraiment modifient notre comportement et notre conception du monde. C'est à mon sens le moment le plus intéressant pour un récit de voyage que cet état de grâce où soudainement tout semble se révéler à nous après des mois de «mijotage». Le voyage intérieur lui se vit différement puisque personne ne sait réellement le moment où l'on en revient (et comme il n'y a nul besoin de quémander un «lift» de l'aéroport... il est possible d'en revenir incognito). On voyage intérieurement dans diverses situations (lecture, cinéma, photographie, épreuves personnelles, etc), mais dans chacune de ces situations, on est souvent sur le coup incapable de voir l'influence qu'aura tel ou tel stimulus sur nous. Ce n'est souvent que bien après qu'on le réalise et il arrive que ce ne soit pas à la première fréquentation que l'on soit réellement touché. Être prêt à partir en voyage est donc aussi essentiel qu'être prêt à le raconter, le partager. Toutefois, ce partage est impossible à réaliser de la même façon avec la totalité des gens que nous connaissons. Beaucoup se sentiront peu concernés. Une autre grande part écoutera avec plaisir nos anecdotes, mais pour certaines raisons, nous serons incapables d'entrer réellement en situation d'échange avec eux et il sera difficile de les faire patienter afin qu'ils puissent dépasser le premier récit. Finalement, un nombre infime saura être attentif. Ce n'est pas une question de chance, car ce sont en général les personnes les plus proches de nous. Et la raison pour laquelle ils seront entrer en contact plus directement n'est pas la profondeur des liens entre eux et nous, mais plutôt le temps que nous leur consacrons, car c'est dans des actions d'apparence bénine que parfois, le voyage ressurgira. En fréquentant beaucoup certaines personnes, on multiplie les chances de vivre ces moments d'échanges. C'est pour ma part ce qui m'intéresse d'un récit de voyage. Les anecdotes sont drôles, inhérentes et nécessaires au voyage, mais ce qui compte, c'est la manière dont nous façonnent les voyages. CommentsLeave a Reply |
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